Roms ou Gens du Voyage ?
Les amalgames du Président.
Après les violences de Saint-Aignan, le 22 juillet - une cinquantaine de personnes avaient attaqué la gendarmerie pour protester contre la mort d'un jeune gitan tué par un gendarme -, Nicolas Sarkozy a évoqué les "problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms". Une formule qui a provoqué la colère de ceux qui dénoncent une forme de "stigmatisation" de ces populations.
Qui est visé ?
En associant Roms et gens du voyage, le président amalgame deux populations distinctes, l'une définie par son statut, l'autre par son ethnie, sur le thème de la délinquance. "Gens du voyage" désigne un statut administratif créé en 1969, qui fait référence aux citoyens français vivant en caravane ou mobil-home. Ils sont entre 300 000 et 400 000, en France. Les Roms d'origine étrangère présents en France sont des ressortissants européens venus essentiellement de Roumanie ou de Bulgarie. Ils sont entre 10 000 et 20 000 en France. Il y a aussi dans l'Hexagone quelques centaines de Roms sans-papiers et demandeurs d'asile venus de l'ex-Yougoslavie.
Quel est leur statut en France ?
Les gens du voyage sont censés avoir les mêmes droits que n'importe quel autre citoyen français. Ils font cependant l'objet d'un contrôle policier régulier - leur carnet de circulation doit être contrôlé tous les trois mois au commissariat - et doivent être inscrits depuis trois ans dans une commune pour pouvoir voter, tandis que les résidents français lambda bénéficient de ce droit au bout de six mois. Les Roms, en tant que ressortissants européens, sont libres de circuler comme ils le veulent dans les Etats Membres. Mais si au bout de trois mois ils n'ont pas le statut d'étudiant, de salarié ou s'ils n'ont pas justifié d'un emploi dans une liste de 150 métiers, ils peuvent être menacés d'expulsion.
Quelles sont les dispositions déjà existantes pour leur accueil ?
Les communes de plus de 5 000 habitants, selon la loi Bession de 1990, améliorée en 2000, doivent disposer d'une aire d'accueil pour les gens du voyage. Pour l'instant, seules 20% des communes respectent cette règle, ce qui conduit les voyageurs à s'installer sur des lieux non autorisés, dont ils sont régulièrement chassés. Quant aux autres, ils ne bénéficient pas des hébergements auxquels ils devraient avoir droit, et s'installent de ce fait dans des bidonvilles ou des squats. D'où des recours à la mendicité et au vol par certains d'entre eux, comportement dénoncé par le gouvernement, qui pointe également, s'agissant des Roms, l'organisation de bande de style mafieux. Nicolas Sarkozy a également entamé une vague d'expulsions. En 2009, 8 300 Roumains, dont la grande majorité était d'origine rom, ont été renvoyés chez eux. Cette politique n'a pas eu le succès escompté, car la plupart d'entre eux reviennent en France.
Sont-ils victimes d'une politique de nature raciale ?
La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (Halde) est intervenue à plusieurs reprises pour faire annuler des dispositions discriminant les gens du voyage. Certaines communes refusent encore de scolariser les enfants issus des communautés tsiganes (autre appellation des Roms). D'après le sociologue Jean-Pierre Liégeois, le Comité européen des Droits sociaux et le comité des ministres du Conseil de l'Europe ont récemment notifié à la France sa violation de sept articles de la Charte sociale européenne, en raison des conditions de vie qui sont faites aux Roms et gens du voyage.
Le Nouvel Observateur
Fraububux
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